Aller au contenu principal
Retour en France

Logement & finances

Les conventions fiscales bilatérales : comprendre et lire le texte (2026)

Comment fonctionnent les conventions fiscales bilatérales signées par la France. Structure type d'une convention OCDE, lecture du texte, articulation au droit interne, méthodes d'élimination.

Par Anne-Laure Fréant 9 min de lecture

En résumé

Une convention fiscale bilatérale est un traité signé entre deux États pour répartir le droit d'imposer entre eux et éviter qu'un même revenu soit taxé deux fois. La France a signé plus de 120 conventions, la plupart inspirées du modèle OCDE. Elles priment sur le Code général des impôts (CGI) lorsqu'elles sont plus favorables au contribuable, mais ne créent jamais une imposition supplémentaire que la loi française ne prévoirait pas. Une convention type contient en général une trentaine d'articles : champ d'application, définitions, résidence fiscale (article 4 avec règles dites de tie-breaker), revenus catégoriels (salaires, pensions, dividendes, intérêts, redevances, immobilier, plus-values), méthodes d'élimination de la double imposition (exemption ou crédit d'impôt) et procédure amiable en cas de différend. Pour la trouver, le ministère des Finances publie l'intégralité des textes consolidés sur impots.gouv.fr/les-conventions-internationales. Au retour en France, une lecture attentive de la convention applicable au pays de départ permet de savoir lequel des deux États impose chaque revenu de l'année charnière, et selon quelle méthode.

En bref

  • La France a signé plus de 120 conventions fiscales bilatérales, accessibles sur impots.gouv.fr/les-conventions-internationales
  • La convention prime sur le Code général des impôts quand elle est plus favorable, mais ne crée jamais d'imposition nouvelle
  • Deux méthodes d'élimination de la double imposition : exemption (un seul État impose) ou crédit d'impôt (les deux imposent, l'un déduit)
  • Toute convention de type OCDE contient une règle de tie-breaker à l'article 4 pour trancher la double résidence

Vous rentrez en France après plusieurs années à l’étranger et vous découvrez un mot qui revient sans cesse dans les notices de l’administration : convention fiscale. Derrière le terme, un traité signé entre deux États pour répartir le droit d’imposer un même revenu, et éviter que vous le payiez deux fois. La France en a signé plus de 120. Voici comment ces textes fonctionnent, comment ils s’articulent à la loi française, et comment lire celui qui vous concerne.

Qu’est-ce qu’une convention fiscale bilatérale

Une convention fiscale bilatérale est un traité international signé entre deux États pour régler la fiscalité des personnes ou des sociétés ayant des liens avec les deux pays. Elle a deux objectifs : éviter la double imposition d’un même revenu et lutter contre l’évasion fiscale par l’échange d’informations entre administrations.

La quasi-totalité des conventions modernes s’inspire du modèle OCDE, élaboré par l’Organisation de coopération et de développement économiques. Ce modèle propose une trame commune d’environ trente articles que les États reprennent puis adaptent à leur situation. La France suit ce modèle pour la plupart de ses conventions, avec quelques exceptions historiques (Maroc, Algérie, Belgique, Luxembourg) qui conservent des particularités héritées d’accords plus anciens.

Le ministère de l’Économie publie la liste complète des conventions sur impots.gouv.fr/les-conventions-internationales, avec le texte intégral en français et la date d’entrée en vigueur.

Comment la convention s’articule au droit français

Une question de hiérarchie des normes revient souvent : la convention prime-t-elle sur le Code général des impôts (CGI) ? La réponse est oui, mais dans une seule direction.

L’article 55 de la Constitution française donne aux traités régulièrement ratifiés une autorité supérieure à la loi. Concrètement, l’administration fiscale procède en deux étapes :

  1. Elle applique d’abord le droit interne (le CGI). Si vous êtes résident fiscal français au sens de l’article 4 B, vous êtes imposable sur vos revenus mondiaux.
  2. Elle vérifie ensuite si la convention modifie ce résultat. Si oui, et si la convention vous est plus favorable, elle prime.

Une convention ne peut jamais créer une imposition que la loi française ne prévoirait pas. Elle ne fait que répartir le droit d’imposer entre les deux États ou éliminer une double taxation. Si le CGI ne prévoit pas d’imposition sur un revenu donné, la convention ne pourra pas en instaurer une.

Important : la convention ne s’applique qu’aux résidents de l’un des deux États au sens du texte. Si vous n’êtes résident d’aucun des deux pays, vous ne pouvez pas vous en prévaloir. La détermination préalable de votre résidence est donc une étape obligatoire.

La structure type d’une convention OCDE

Les conventions sont longues mais très répétitives. Une fois la trame OCDE comprise, vous retrouvez à peu près les mêmes articles dans tous les textes. Voici le squelette habituel.

Champ d’application et définitions (articles 1 à 5)

Les premiers articles posent le décor : à qui la convention s’applique (les résidents des deux États), à quels impôts (impôt sur le revenu, parfois impôt sur la fortune), et donnent les définitions clés (résident, établissement stable, autorité compétente).

La résidence fiscale et le tie-breaker (article 4)

L’article 4 définit le résident d’un État : toute personne assujettie à l’impôt en raison de son domicile, de sa résidence ou d’un critère analogue. Quand une personne est considérée comme résidente des deux États en même temps, le texte applique une cascade de critères dits tie-breaker :

  1. Foyer d’habitation permanent dans un seul État
  2. À défaut, centre des intérêts vitaux (liens personnels et économiques)
  3. À défaut, séjour habituel
  4. À défaut, nationalité
  5. À défaut, procédure amiable entre les deux administrations

Cette cascade tranche dans presque tous les cas. Pour le retour en France, ce mécanisme est central : voir comment se détermine la résidence fiscale au retour.

Les revenus catégoriels (articles 6 à 22)

Le cœur opérationnel de la convention. Chaque type de revenu a son article dédié, avec sa propre règle de répartition.

Article OCDECatégorieRègle générale
Article 6Revenus immobiliersImposables dans l’État où est situé l’immeuble
Article 10DividendesImposables dans l’État de résidence, retenue à la source plafonnée dans l’État de la société
Article 11IntérêtsImposables dans l’État de résidence, retenue à la source souvent plafonnée
Article 12Redevances (royalties)Souvent imposables uniquement dans l’État de résidence du bénéficiaire
Article 13Plus-valuesVariable selon la nature du bien (immobilier, titres, autres)
Article 15Salaires (privé)Imposables dans l’État d’exercice de l’activité, sauf séjour court (règle des 183 jours)
Article 18Pensions privéesImposables dans l’État de résidence du bénéficiaire
Article 19Pensions publiquesSouvent imposables dans l’État qui verse la pension
Article 21Autres revenusImposables dans l’État de résidence

Cette grille est indicative : chaque convention peut s’écarter du modèle. Le réflexe à acquérir est de toujours ouvrir le texte applicable à votre couple de pays, et non de raisonner par analogie avec une autre convention.

Les méthodes d’élimination de la double imposition (article 23)

L’article 23 explique comment l’État de résidence neutralise la taxation déjà subie dans l’État de la source. Deux méthodes coexistent.

Méthode de l’exemption. L’État de résidence renonce à imposer le revenu déjà taxé à l’étranger. Il peut toutefois le retenir pour fixer le taux applicable aux autres revenus du contribuable (méthode dite de l’exemption avec progressivité, ou taux effectif).

Méthode du crédit d’impôt. L’État de résidence impose le revenu mondial mais accorde un crédit correspondant à l’impôt étranger payé sur ce revenu, dans la limite de l’impôt français correspondant. Si l’impôt étranger est inférieur à l’impôt français, le contribuable paie la différence en France. S’il est supérieur, le crédit est plafonné.

MéthodeMécanismeEffet pour le contribuable
Exemption simpleL’État de résidence ne taxe pas le revenu étrangerImposition uniquement à la source
Exemption avec progressivitéL’État de résidence ne taxe pas mais retient le revenu pour le tauxLe revenu étranger augmente le taux des autres revenus
Crédit d’impôt égal à l’impôt étrangerL’État de résidence impose puis déduit l’impôt étrangerImposition au taux le plus élevé des deux
Crédit d’impôt égal à l’impôt françaisL’État de résidence impose puis déduit l’impôt français correspondantImposition équivalente à l’État de résidence

La France utilise les deux méthodes selon les conventions et selon la catégorie de revenu, parfois dans une même convention. Les conventions récentes tendent à privilégier le crédit d’impôt.

La procédure amiable et l’échange d’informations (articles 24 à 27)

Les derniers articles règlent les rapports entre administrations : non-discrimination, procédure amiable quand les deux pays interprètent la convention différemment, échange de renseignements pour lutter contre la fraude, assistance au recouvrement.

Comment lire concrètement une convention

Une convention fait souvent une vingtaine de pages, denses et juridiques. Quelques réflexes simplifient la lecture.

Identifiez d’abord la catégorie de votre revenu. Salaire d’un employeur étranger, pension de retraite, dividende d’une société américaine, loyer d’un bien situé en Espagne : chaque revenu a son article.

Ouvrez l’article correspondant dans la table des matières du texte. Lisez quel État a le droit d’imposer et à quelles conditions (durée du séjour, nature de l’employeur, taux de retenue).

Ouvrez l’article 23 pour comprendre la méthode d’élimination. C’est lui qui dit comment l’État de résidence neutralise la taxation à la source.

Vérifiez la version consolidée. Beaucoup de conventions ont été modifiées par l’instrument multilatéral OCDE de 2018 (convention BEPS). Sur impots.gouv.fr, la version mise en ligne intègre ces modifications.

Attention : ne confondez pas exemption et exonération. L’exemption signifie que l’État de résidence renonce à imposer parce que la convention l’attribue à l’autre État. L’exonération signifie qu’aucun État ne taxe, ce qui est rare et résulte d’une disposition spécifique.

Quelques cas concrets au retour en France

Le retraité rentrant des États-Unis

Pension privée de retraite américaine (401(k), IRA, pension d’employeur privé). La convention France–États-Unis attribue en principe l’imposition à l’État de résidence du bénéficiaire. Devenu résident fiscal français, le retraité déclare la pension en France. Selon la convention, la France applique un crédit d’impôt égal à l’impôt américain pour neutraliser la double imposition.

Pension de Social Security américaine. Régime spécifique : l’imposition revient à l’État qui verse la pension (les États-Unis). En France, elle est en principe exonérée mais retenue pour le calcul du taux effectif.

Le salarié rentrant du Canada

Salaire perçu jusqu’à la date du retour pour un employeur canadien et travail exercé au Canada : imposable au Canada selon l’article sur les salaires. En France, lors du retour, ce revenu est en principe écarté de la base imposable mais peut être retenu pour le taux effectif.

Les dividendes d’une société américaine détenus par un résident français

Une fois redevenu résident français, vous percevez des dividendes d’une société américaine. La convention permet aux États-Unis de prélever une retenue à la source plafonnée (généralement 15 %). La France impose ensuite le dividende et accorde un crédit d’impôt correspondant à la retenue américaine, dans la limite de l’impôt français.

Avertissement : ces exemples sont généraux et indicatifs. Chaque situation a ses subtilités (nature exacte du revenu, durée d’expatriation, statut de l’employeur). Pour un dossier engageant des sommes significatives, faites valider votre lecture par un conseiller fiscal habitué aux dossiers internationaux.

Les conventions atypiques à connaître

Quelques conventions s’écartent sensiblement du modèle OCDE pour des raisons historiques ou géographiques.

Belgique. Convention de 1964 plusieurs fois remaniée. Particularités sur les frontaliers et les pensions.

Luxembourg. Convention renégociée en 2018, entrée en vigueur en 2020. Modifie significativement le traitement des frontaliers et des revenus immobiliers.

Suisse. Convention de 1966 enrichie d’avenants. Particularités sur les frontaliers (régime des cantons) et les rentes.

Maroc et Algérie. Conventions anciennes (1970 pour le Maroc, 1999 pour l’Algérie) avec des règles spécifiques sur les pensions et les revenus immobiliers.

Émirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite. Conventions plus récentes, souvent très favorables à l’État de résidence du contribuable.

Quel que soit votre pays de départ ou d’arrivée, le réflexe reste le même : télécharger le texte applicable sur impots.gouv.fr et lire l’article qui correspond à votre catégorie de revenu.

Que faire si les deux administrations ne sont pas d’accord

Il arrive que la France et l’autre État interprètent différemment la convention. Vous payez l’impôt deux fois sans pouvoir obtenir de remboursement. La convention prévoit alors une procédure amiable (article 25 du modèle OCDE).

Vous saisissez par écrit la Direction de la législation fiscale (Bercy), en exposant la double imposition subie et en demandant l’ouverture d’un dialogue avec l’administration étrangère. La procédure est gratuite. Elle est souvent longue (un à trois ans). Elle aboutit dans la majorité des cas à un accord entre les deux administrations.

L’Union européenne offre en plus un mécanisme renforcé pour les différends entre États membres, depuis la directive 2017/1852.

Les erreurs les plus fréquentes au retour

Cinq pièges à connaître quand on s’appuie sur une convention.

  1. Ignorer la convention et appliquer aveuglément le CGI. Vous risquez la double imposition sur certains revenus, ou au contraire un défaut de déclaration sur d’autres.
  2. Mal appliquer la cascade de tie-breaker quand les deux pays vous considèrent résident. La résidence se détermine en suivant l’ordre exact des critères : foyer permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité.
  3. Confondre exemption et exonération. L’exemption peut s’accompagner d’une retenue pour le taux effectif, qui augmente votre impôt sur les autres revenus.
  4. Oublier l’attestation d’imposition étrangère à présenter à l’administration française pour bénéficier d’un crédit d’impôt. Sans justificatif, la déduction est refusée.
  5. Lire une vieille version du texte. Les conventions évoluent par avenants et par instrument multilatéral. Vérifiez la date de la version consolidée.

Pour aller plus loin

Sources et références officielles

Questions fréquentes

On vous explique

À quoi sert exactement une convention fiscale bilatérale ?
Une convention fiscale bilatérale répartit le droit d'imposer un revenu ou un patrimoine entre deux États liés par le traité. Elle évite qu'un même revenu soit taxé une première fois dans le pays de la source et une seconde fois dans le pays de résidence. Elle prévoit aussi des mécanismes de coopération entre administrations pour lutter contre l'évasion fiscale.
La convention prime-t-elle sur le droit français ?
Oui. En vertu de l'article 55 de la Constitution, les traités régulièrement ratifiés ont une autorité supérieure à la loi. En pratique, l'administration applique d'abord le Code général des impôts, puis vérifie si la convention écarte ou adoucit l'imposition. Une convention ne peut jamais créer une imposition que la loi française ne prévoirait pas : elle ne fait que répartir ou éliminer.
Comment savoir si une convention existe avec mon pays de départ ?
La liste complète et à jour est publiée sur impots.gouv.fr, rubrique « Les conventions internationales ». Plus de 120 pays sont concernés, dont l'ensemble des grands partenaires économiques de la France. Si aucune convention n'existe, c'est le droit interne français qui s'applique seul, avec les risques de double imposition que cela suppose.
Quelle est la différence entre exemption et crédit d'impôt ?
Avec la méthode de l'exemption, un seul des deux États a le droit d'imposer le revenu. L'autre l'écarte de sa base taxable, parfois en le retenant pour calculer le taux applicable aux autres revenus (taux effectif). Avec le crédit d'impôt, les deux États imposent, mais l'État de résidence accorde une déduction égale à l'impôt étranger ou à l'impôt français sur ce même revenu, selon le texte de la convention.
Que faire si l'administration française et l'administration étrangère ne sont pas d'accord ?
Toute convention prévoit une procédure amiable, généralement à l'article 25 du modèle OCDE. Vous pouvez saisir l'administration de votre État de résidence pour qu'elle ouvre un dialogue avec son homologue. La procédure est gratuite mais longue (souvent plus d'un an). Pour l'engager côté français, vous écrivez à la Direction de la législation fiscale en motivant la double imposition subie.
La convention règle-t-elle aussi les cotisations sociales ?
Non. Les conventions fiscales ne portent que sur l'impôt sur le revenu, l'impôt sur la fortune et parfois les droits de succession. Les cotisations sociales relèvent d'instruments distincts : règlements européens 883/2004 dans l'UE, accords bilatéraux de sécurité sociale ailleurs. Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS) recense ces accords.
Comment lire concrètement une convention pour un revenu donné ?
Vous identifiez d'abord la catégorie du revenu (salaire, pension privée, pension publique, dividende, loyer, plus-value). Vous ouvrez l'article correspondant : article 15 pour les salaires dans le modèle OCDE, article 18 pour les pensions privées, article 19 pour les pensions publiques, article 10 pour les dividendes, article 6 pour les revenus immobiliers. Vous lisez quel État a le droit d'imposer, puis vous regardez l'article 23 sur l'élimination de la double imposition pour comprendre comment l'autre État neutralise sa propre taxation.
Les conventions évoluent-elles dans le temps ?
Oui. Les conventions sont renégociées par avenants pour s'adapter aux nouveaux modèles OCDE et à la lutte contre l'évasion fiscale. Depuis 2018, l'instrument multilatéral de l'OCDE (convention BEPS) modifie de nombreuses conventions sans avenant bilatéral. Sur impots.gouv.fr, les versions consolidées intègrent ces modifications. Vérifiez toujours la date d'entrée en vigueur de la version que vous lisez.

Aller plus loin

Le guide complet à garder sous la main

Le Guide du retour en France rassemble en 100 pages PDF toutes les démarches détaillées de ce dossier et des six autres : modèles de lettres, cas pratiques, annexes juridiques. Mis à jour chaque année depuis 2015.